Présences

Cette série a fait l’objet d’une exposition à la galerie Bienvenue à Bord à Nimes (30) du 4 au 29 octobre 2013.
Certaines de ces photos avaient précédemment fait partie d’une série intitulée « MAU » (Musée des Arts Ultimes) et exposées à la chapelle de la Salamandre à Nimes, dans le cadre de l’exposition du Groupe de Recherche Regards sur la Ville lors de la manifestation Images & Ville 2009.

Partir avec son petit matériel intérieur, juste assez pour ne pas se laisser embobiner par un réel parfois si tapageur, mais pas trop pour s’y laisser surprendre, c’est pour moi dans cette entre-deux que j’essaye de me tenir et par cette implication subjective avec le réel que j’essaye de le faire se lever. Le réel, c’est la grande affaire de la photographie et pour le photographe, sa page blanche qui à la différence des autres formes artistiques est déjà remplie d’objets et de signes qui lui sont étrangers. Il devra donc faire son chemin créatif dans ce fatras qui ne lui appartient pas. Il sait aussi que le réel ne se laisse pas apprivoiser facilement et il devra, pour espérer le révéler, l’approcher de biais, par malaxation, appropriation et détournements métaphoriques… C’est un travail de patience et de silence. Ce silence de la photo dont Baudrillard disait qu’« elle est une de ces qualités les plus précieuses car elle arrache ce silence au contexte encombrant et bruyant du monde réel pour mieux le restituer ».
J’ai voulu ces photos comme autant de petits « haïkus » de ce monde-là, le nôtre, peuplé d’étranges présences à l’expressivité toujours plus troublante et de rêves trop grands qui nous font parfois nous perdre de vue. Un monde si saturé d’images comme des réverbérations infinies qu’il épuise parfois l’intérêt pour ce médium. Peut-être alors que ce qui se joue entre les images, cette petite musique que nous pouvons encore leur faire jouer « entre les lignes » est tout aussi essentiel que leur réalité propre.
Jean-Louis Escarguel

* Haïkus : forme poétique d’origine japonaise et dont la paternité, dans son esprit actuel, est attribuée au poète Basho Matsuo (1644-1694). Il s’agit d’un petit poème extrêmement bref visant à dire l’évanescence des choses. (Wikipédia)

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